Dans un contexte où les municipalités doivent simultanément lutter contre les îlots de chaleur, améliorer la qualité de vie de leurs citoyens et réduire leur empreinte environnementale, la pelouse suscite de nombreux débats. Pourtant, la question est plutôt de bien sélectionner le bon couvert végétal au bon endroit, selon les usages, les besoins et les objectifs recherchés.
Intégrée à une stratégie de verdissement durable, la pelouse ne s'oppose pas aux autres formes de végétalisation : elle les complète. Cependant, la pelouse est souvent perçue comme incompatible avec les préoccupations environnementales en raison de certaines pratiques d'entretien révolues, notamment l'arrosage excessif, la fertilisation systématique, les tontes trop fréquentes ou le maintien de grandes superficies de pelouse peu utilisées.
Ces pratiques ont considérablement évolué au cours des dernières années. La fertilisation, par exemple, est mieux encadrée et adaptée aux besoins réels du gazon. Aussi, dans une perspective de lutte intégrée, dont les interventions au niveau phytosanitaire viennent en dernier recours, elles sont maintenant faites avec des produits à faibles risques. Avec un entretien modéré, il est possible de maintenir une pelouse en santé et de préserver ses nombreux bénéfices environnementaux.
Selon le rapport Réalisation d'une analyse de cycle de vie pour la filière de gazon du Québec et documentation des bienfaits environnementaux, sociaux et économiques, réalisé par le Groupe AGÉCO pour Québec Vert, la pelouse procure de nombreux bénéfices lorsqu'elle est implantée au bon endroit et entretenue de manière durable. Elle contribue notamment à :
- contrôler le ruissellement et favoriser l'infiltration de l'eau;
- séquestrer le carbone;
- améliorer la qualité de l'air;
- réduire les îlots de chaleur;
- favoriser le bien-être physique et social des citoyens;
- accroître la valeur foncière des propriétés.
Contrôle du ruissellement
La pelouse joue un rôle important dans la protection de l'environnement en aidant à retenir les nutriments, comme l'azote et le phosphore, avant qu'ils n'atteignent les eaux souterraines ou les cours d'eau. Son système racinaire dense et profond contribue à stabiliser le sol, favorisant l'infiltration de l'eau et permettant aux plantes d'absorber les nutriments présents dans le sol.
Afin de maximiser les bienfaits du gazon en matière de contrôle du ruissellement, il est crucial d'adopter des pratiques d'entretien appropriées pour maintenir sa qualité. La tonte, par exemple, peut améliorer la densité des pousses du gazon, favorisant ainsi une meilleure couverture du sol, une infiltration accrue de l'eau et une réduction de l'érosion. De même, l'herbicyclage (laisser les résidus de tonte sur place) et le feuillicyclage (broyer les feuilles et les laisser au sol) contribuent à améliorer la structure du sol, sa capacité à retenir l'eau et sa résistance à l'érosion. Par ailleurs, une fertilisation adaptée aux besoins du gazon favorise un couvert dense et un enracinement efficace, contribuant à une meilleure stabilité du sol et à la réduction de l'érosion.
Séquestration du carbone
Bien que son rôle dans la séquestration du carbone soit parfois sujet à débat, plusieurs études démontrent qu'une pelouse bien entretenue a un effet positif dans le cycle du carbone, à travers son processus de photosynthèse.
Toutefois, ces bénéfices dépendent des pratiques d'entretien utilisées. De manière générale, la gestion continue de la pelouse permet d'améliorer la santé des sols et favorise la production des pousses et des racines, ce qui permet d'augmenter la quantité de carbone séquestrée. Certaines pratiques permettent d'améliorer davantage ces résultats :
- Pratiquer l'herbicyclage constitue le principal levier de réduction de l'empreinte de carbone, tout en améliorant le taux de matière organique et la fertilité du sol.
- Garder une hauteur de tonte plus élevée peut favoriser une croissance racinaire plus importante et améliorer la séquestration du carbone.
- Remplacer des équipements pour des outils électriques permet également de réduire les émissions de GES liés à la consommation de carburant.
- Adopter des pratiques d'irrigation raisonnées basées sur l'évapotranspiration peut optimiser l'accumulation de carbone organique du sol tout en évitant le gaspillage d'eau.
Amélioration de la qualité de l'air
En tant que système végétal vivant, le gazon naturel joue un rôle important dans l'amélioration de la qualité de l'air en milieu urbain. Comme toute plante, il produit de l'oxygène grâce à la photosynthèse et aide à capter certains polluants présents dans l'atmosphère.
Pour offrir pleinement ces bénéfices, la pelouse doit être entretenue de façon responsable et modérée. Une tonte réalisée au moment opportun permet de limiter la formation des épis floraux chez les graminées et la floraison de certaines mauvaises herbes (herbe à poux), ce qui peut contribuer à réduire la quantité de pollen allergène produite sur le site. L'herbicyclage et le feuillicyclage sont aussi des stratégies efficaces pour diminuer les émissions de carbone liées au transport et à la gestion des résidus verts, tout en réduisant également les besoins en fertilisants. Finalement, le choix des espèces de gazon est également un facteur à considérer. L'utilisation de mélanges diversifiés de graminées permet de créer des pelouses plus résilientes, qui favorisent une meilleure couverture du sol, limitent la présence de mauvaises herbes et réduisent les interventions intensives, renforçant ainsi les bénéfices environnementaux du gazon.
Réduction des îlots de chaleur
La pelouse joue un rôle important dans la lutte contre les îlots de chaleur urbains. Grâce à l'évapotranspiration, un processus naturel par lequel les plantes libèrent de l'eau dans l'air, elle contribue à rafraîchir son environnement et à réduire l'accumulation de chaleur dans les villes.
Des études montrent que les surfaces engazonnées peuvent faire diminuer les températures urbaines de près de 2 °C en moyenne. En plus de rafraîchir l'air ambiant, le gazon aide à protéger le sol des rayons directs du soleil, ce qui limite les températures extrêmes et améliore le confort des citoyens.
Pour garder et même améliorer cet effet de refroidissement, une irrigation réalisée au moment opportun et selon les besoins réels de la pelouse est importante, en particulier dans les climats secs, afin de maintenir la verdure du gazon et ainsi maximiser ses bénéfices en matière de régulation thermique.
Bien-être physique et social
Au-delà de ses avantages environnementaux, la pelouse contribue également à la qualité de vie des citoyens. Sur le plan physique, elle offre une surface naturelle perméable, fraîche et sécuritaire pour les jeux, les sports et les loisirs. Sur le plan psychologique, la proximité et l'interaction avec les espaces engazonnés ont des effets positifs avérés, comme la sensation de tranquillité et la réduction du stress. Finalement, d'un point de vue esthétique, les pelouses bien entretenues rehaussent la qualité de vie perçue et contribuent au bien-être général.
Toutefois, sans une gestion judicieuse, la pelouse se détériore, entraînant une réduction de sa fonction sociale. La tonte régulière est essentielle, car elle permet de contrôler la propagation de certains rongeurs et ravageurs nuisibles, comme des tiques, ainsi que des mauvaises herbes, notamment l'herbe à poux, qui pourraient présenter des risques pour la santé. Une pelouse saine et soignée, sans nécessiter d'entretien intensif, contribue à la qualité visuelle du milieu et participe à l'image positive d'un quartier ainsi qu'au sentiment de fierté des citoyens envers leur environnement.
Augmentation de la valeur foncière
Les espaces verts de qualité, incluant les pelouses, peuvent également générer des retombées économiques positives de 5 % à 20 % sur le prix des maisons.
Au-delà de l'esthétique directe, les pelouses entretenues de façon responsable améliorent la qualité de vie et le bien-être des citoyens, des facteurs qui influencent favorablement la perception des acheteurs potentiels. À l'inverse, un terrain négligé peut nuire à l'image d'une propriété et réduire son attrait sur le marché.
La hauteur de tonte, la clé du succès
La hauteur de tonte joue un rôle déterminant dans la vigueur et la résilience de la pelouse. Maintenue à 8 cm, elle développe un système racinaire plus profond, améliore son accès à l'eau et aux nutriments et favorise un couvert végétal dense et uniforme. Une pelouse dense concurrence naturellement les mauvaises herbes, offre moins d'espace aux organismes nuisibles et présente une meilleure résistance aux stress environnementaux, contribuant ainsi à sa santé et à sa pérennité.
De l'information pour vous outiller
Pour les municipalités comme pour les propriétaires, une gestion adéquate du gazon représente un investissement qui contribue à la fois à l'environnement, à l'embellissement du milieu, à la qualité de vie et à la valeur des propriétés. Ces bienfaits, cependant, dépendent fortement des pratiques de gestion adoptées.
Sur le site web Pelouse durable, vous trouvez des outils, des publications et des conseils pratiques pour implanter et entretenir une pelouse en santé. Ces ressources vous aideront à adopter des pratiques favorisant une pelouse capable d'offrir l'ensemble de ses bienfaits environnementaux, sociaux et économiques.










