À Montréal, le cône orange dans les rues n'est plus seulement un objet de signalisation. Il est devenu un élément du paysage. Et cette omniprésence pourrait dépasser la simple nuisance : dans un sondage mené auprès de 1 033 adultes, 56,1 % des répondants considèrent que la présence importante de cônes orange peut constituer, au moins dans une certaine mesure, un enjeu de santé mentale.
On les rencontre devant chez soi, sur le chemin du travail, au détour d'une rue que l'on croyait ouverte la veille. Ils annoncent des travaux, un détour, un retard, parfois simplement d'autres cônes. Psychiatre et chercheur, je m'intéresse depuis plusieurs années à ce phénomène et aux liens entre environnement urbain, stress et santé mentale. Ce qui avait commencé comme une boutade - et si certains Montréalais souffraient de « conophobie » ? - a progressivement quitté le terrain de l'humour pour celui de la recherche.
Du symbole montréalais à la question scientifique
En 2024, j'ai proposé dans Santé mentale au Québec le « syndrome de Montréal : la conophobie ». Il ne s'agissait pas de créer une nouvelle maladie, mais d'examiner avec les outils de la psychiatrie un phénomène que beaucoup de Montréalais reconnaissaient intuitivement.
À Montréal, le cône est particulier : il peut apparaître sans travaux visibles, demeurer longtemps après leur fin ou surgir sans que l'on sache combien de temps il restera. Il est même devenu un symbole décliné en bande dessinée, porte-clés ou tasse à café. Installé pour notre sécurité, il peut aussi annoncer un retard, une rue fermée ou un trajet modifié.













